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L'IA, les éditeurs, les legaltechs, et... les avocats !

L'IA juridique regroupent de nombreux acteurs. On a tendance à en oublier un.

Le débat est lancé, et ce n'est pas pour nous déplaire. Encore une fois, dans le prolongement des sujets abordés dans son dernier numéro, Village de Justice (encore lui) donne la parole aux acteurs de l'IA-IAG. D'un côté ceux qui prône l'autonomie de l'usage et le recours à l'Open Source, de l'autre les éditeurs.

Quel est l'enjeu du débat ? Il y en a plein en réalité ! L'un des principaux, de notre point de vue, c'est la place des éditeurs et la consistance de leur offre. Ceci est d'autant plus prospectif que les étudiants en droit d'aujourd'hui (vos collaborateurs et confrères de demain) ne sont certainement pas, ou plus, ceux d'hier.

Alors que nous avons consacré pour beaucoup d'entre nous de longues heures dans les bibliothèques universitaires à photocopier (et oui...) des arrêts et leurs commentaires, stabilobossé des pages d'ouvrages de doctrine (plutôt chers, voire dans certaines disciplines, très chers), l'étudiant d'aujourd'hui, et plus encore celui de demain, a comme premier réflexe de se tourner non seulement vers les ressources en ligne, mais aussi vers l'IA. (A cet égard, si le sujet vous intéresse, l'Université de Grenoble organise les 25 et 26 juin prochains, en présentiel et en distanciel, un colloque sur l'enseignement du droit à l'heure de l'IA, sous la direction scientifique de Géraldine Vial et Romain Rambaud).

Ça nous dit une première chose : ceux qui vont travailler à nos côtés devront trouver dans le dispositif du cabinet, non plus la bonne vieille bibliothèque et sa présence rassurante, mais des accès numériques équivalents boostés à l'IA. C'est ce que les éditeurs ont compris, et la migration du business modèle (les livres et publications fort chères pour la plupart remplacés par les solutions en ligne, mais fort chères aussi) et plus que largement installée.

Mais ce ne sont pas les seuls acteurs de l'écosystème. Les légaltech, s'appuyant sur l'Open source qui vient quand même damer le pion du monopole de l'édition, associée à l'IAG, réduit le champ de l'avantage concurrentiel.

Et, c'est notre conviction, s'invite à la table, l'avocat lui-même. Et c'est là que ça devient intéressant.

Prenons l'exemple de notre confrère Sofiane Coly, du barreau de Lyon, et de ce qu'il en dit dans les pages de Village de Justice. Pour ma part je retiens quelques formules qui ne sont pas là que pour choquer :

  • "nos concurrents opèrent dans le monde de 2026, et nous, dans un texte de 1971",
  • "L’IA a déjà gagné la partie [...] Sur la recherche, la veille, la première version d’un acte, l’analyse d’un dossier, le calcul d’une indemnité, elle est déjà plus rapide que nous, infatigable, souvent plus exhaustive."
  • "Une IA, aussi puissante soit-elle, reste une encyclopédie. Et un avocat qui ne tranche pas, ce n’est pas un avocat, c’est une encyclopédie. Toute la différence entre les deux, c’est notre métier".

Presque tout est dit d'une manière rafraichissante et très rassurante, si on veut bien y réfléchir comme le fait notre confrère, sur l'avenir de notre profession.

L'IA est disruptive. La cryptomonnaie était disruptive. Pour des raisons qui ne reposent pas sur les mêmes bases, mais sur les mêmes réflexes, la crypto n'est plus du tout la promesse de son initiateur (il y a aussi de bonne raisons pour cela, tant elle est devenue aussi la monnaie la plus délinquante qui soit). Mais l'IA dans les mains d'un avocat, c'est une promesse de rigueur déontologique et de garantie d'usage que ne pourra jamais offrir un acteur économique qui slalome entre des réglementations qui ne traitent pas tous les enjeux, et visent, comme pour la crypto, à ramener l'IA dans le seul champ d'une activité régulée, donc à priori conforme aux usages couramment convenus.

La créativité et l'innovation dans le respect de principes intangibles, voilà une alternative qui nous parait plus qu'enthousiasmante. Pourquoi devrions-nous la négliger ?

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