Café

WhatsApp — faut-il se l'interdire ?

La promesse de chiffrement de WhatsApp devant les tribunaux du Texas. Ce que ça nous dit de nos habitudes — et de nos obligations.

Le Texas vient de poursuivre Meta pour publicité mensongère sur le chiffrement de WhatsApp. La vraie question n'est pas d'en prédire le résultat. C'est de savoir pourquoi ça pose un problème dès le départ.


Le 21 mai 2026, le procureur général du Texas a assigné Meta et WhatsApp devant un tribunal de l'État, soutenant que la promesse de chiffrement de bout en bout est fausse — et que des employés de Meta auraient accès au contenu des messages via un système interne de requêtes. Meta dément. Une class action fédérale en Californie avance les mêmes allégations, s'appuyant sur des témoignages de lanceurs d'alerte. L'affaire est en cours.

Nous sommes peut-être mieux placés que quiconque pour ne pas vouloir spéculer sur le résultat de cette action. Ce sur quoi nous devons nous interroger, c'est sur nos habitudes et nos usages.

Cette rubrique revient régulièrement sur des outils américains. C'est à la fois inévitable et assumé. Et ce n'est pas de l'anti-américanisme primaire — c'est l'enjeu de la souveraineté des données et de la conformité au RIN. Les mêmes critères s'appliqueraient à WeChat, à Signal, ou à Olvid, la messagerie française certifiée par l'ANSSI qui se présente comme l'alternative souveraine. Aucun outil ne doit échapper à l'analyse, quelle que soit sa "nationalité".

La vraie question que nous posent ces poursuites — lancées aux États-Unis, par le procureur du Texas, et non par une autorité judiciaire étrangère — est celle-ci : utiliser WhatsApp pour communiquer avec un client sur son dossier repose sur une promesse de confidentialité faite par une société commerciale américaine. Une promesse que vous n'avez pas les moyens de vérifier, que vous n'avez pas négociée, et qui peut être reformulée à tout moment dans des conditions générales que personne ne lit.

Ce n'est pas un problème spécifique à WhatsApp. C'est la structure de toutes les messageries grand public — Signal inclus, iMessage inclus, Telegram encore davantage.

Le secret professionnel ne s'accommode pas du principe de confiance accordée par défaut à un tiers. Il exige que vous sachiez — ou au moins que vous puissiez raisonnablement justifier — que les communications de votre client sont protégées. "Tout le monde utilise WhatsApp" n'est pas une justification déontologique. "Je ne peux pas m'en passer" encore moins. Ce sont des pratiques, héritées de la praticité et du succès de ces outils. Des alternatives existent, souveraines et conformes, qui proposent les mêmes services — nous y reviendrons.

L'affaire Texas-Meta ne va probablement pas révolutionner vos habitudes immédiatement. Mais elle le devrait. Elle rappelle que la commodité d'un outil n'en fait pas un outil conforme. Et que quand le problème est porté en justice à l'initiative du Parquet, la question qu'on vous posera ne sera pas "est-ce que WhatsApp chiffrait vraiment ?" — mais plutôt "pourquoi avez-vous choisi — ou accepté — cet outil pour vos communications ?"

Lire la suite →